Hermès

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Quand Dieu s’habille en orange

Quel dieu s’habille en orange, sent bon le cuir, monte à cheval et porte une montre de luxe ? C’est votre dernier mot ? Oui Thierry Hermès, le dieu du chic et créateur de la célèbre marque française.

Maison Hermès, Paris 9e

Sa maison, fondée en 1837 dans le quartier de la Madeleine (Paris 9ème), s’illustre à ses commencements dans la fabrication de selles et de harnais. En recevant en 1867 une distinction à l’Exposition Universelle, l’élite devient sa principale clientèle. Le Tsar Nicolas II fait même partie de ses clients très couronnés. L’entreprise a bien failli péricliter à la disparition du cheval comme moyen de transport privilégié. Aussi l’affaire familiale a-t-elle utilisé son savoir-faire pour façonner une maroquinerie racée. Si Hermès représente aujourd’hui à elle seule la moitié de la société LVMH, la société est encore majoritairement détenue par la septième génération des descendants.

Malgré son fort attachement à la tradition, la grande maison est friande d’innovation. La marque a notamment importé en France le système de la fermeture éclair depuis les Etats-Unis et a développé ses propres techniques de création telles que la couture sellier (un fil unique pour deux aiguilles) et le roulottage (ourlet fait-main).

Ancienne coordinatrice commerciale et export chez Hermès, M.-C. L. s’est récemment confiée à nous sur le sujet : « C’est une maison qui sait se renouveler tout en restant authentique. C’est cela que j’adore chez elle. Elle a gardé ses valeurs d’artisanat et d’excellence. »

La marque est identifiable par son fameux logo, une calèche tirée d’un dessin de Alfred de Dreux intitulé « Le Duc attelé », mais aussi par la couleur orange, qui fait partie intégrante de son ADN. A l’origine, les héritiers avaient choisi le marron pour symboliser la marque à travers le monde. Mais confrontés à une pénurie de colorants pendant la seconde guerre mondiale, ils choisirent l’orange, une couleur matériellement plus accessible. Grâce à cette dernière, tout produit commercialisé est ainsi parfaitement reconnaissable. Les emballages en carton Hermès sont comme des coffres à trésors, et ces trésors sont des joyaux de perfection comme le sac Kelly popularisé par l’actrice Grace Kelly en 1935, le parfum suave Terre d’Hermès créé en 2006 et surtout l’emblématique carré de soie (1937), dont nous allons tout vous révéler…

Carré d’Hermès

Pour célébrer le centenaire de sa création, la marque a imaginé un premier foulard en soie de forme carrée. Sous le titre de « Jeu des Omnibus et Dames blanches », il représente des femmes en compagnie de jeunes hommes, dont la conversation est auréolée d’une farandole de carrosses à huit places. Cette vision est passablement fantaisiste quand on sait que les premiers carrés étaient à l’origine des mouchoirs portés par des soldats. En effet, à la fin du XIXème siècle, étaient imprimées des instructions militaires sur les mouchoirs des novices pour leur apprendre à charger à canon, à démonter un fusil. Ils servaient en cas de blessure de pansement, usage repris par Grace Kelly lorsqu’elle s’était cassé le bras. Depuis 1937, ce ne sont pas moins de 1500 élégants modèles qui ont été édités par la marque Hermès. Les motifs récurrents sont l’équitation, bien entendu, la chasse et Napoléon. Mais depuis quelques décennies, on voit apparaître des motifs très contemporains d’artistes célèbres ou d’illustres inconnus car n’importe quel mortel peut soumettre un visuel au dieu du chic.

Grace Kelly et le carré d’Hermès

De carré Hermès, il en est vendu un toutes les trente minutes dans le monde quand il faut compter deux longues années entre l’idée et la réalisation d’un nouveau foulard. Les étapes en sont nombreuses. A partir d’un croquis, on dessine des calques. On dispose dans un cadre de gaze un carré de soie sur lequel on fixe à la vapeur les couleurs, qui sont cuisinées par des spécialistes et décalquées sur le tissu autant de fois que le modèle présente de nuances. On lave, on rince et on apprête le carré en le roulottant à la main de l’envers vers l’endroit.

Le produit obtenu est raffiné, indémodable, intemporel. Son usage varie : il se porte au cou, à la ceinture ou sur un sac et s’encadre au même titre qu’une oeuvre d’art ! Il est conçu pour durer et se transmettre de génération en génération. Le carré Hermès, c’est la vie. Quand Dieu s’habille en orange, l’éternité rayonne.

Lou et l’homme au chapeau de l’agence 33 degrés