Netflix

Netflix

Imaginez un monde où des films afflueraient en flux continu sur votre téléviseur et où les dernières séries à la mode s’actualiseraient d’elles-mêmes. Les vidéos seraient accessibles depuis n’importe lequel de vos objets connectés et les épisodes s’enchaîneraient sans que vous ayez à vous arracher du canapé. Votre abonnement au streaming serait effectué par prélèvement bancaire, sécurisé et mensualisé. Vous consommeriez jusqu’à plus soif ce flot d’histoires, ivre d’images virtuelles et plus paresseux que jamais.

Ce monde est bien réel. Il est connus sous le nom de Netflix. La pratique de la « beuverie de vidéos » (« binge watching ») s’est répandue dans le monde entier grâce à lui. Netflix peut prétendre regrouper aujourd’hui 104 millions de membres à travers 190 pays. Parmi eux, on compte des adultes, très friands de nouveautés, et des enfants, à qui la section Kids est dédiée. Les parents laissent ainsi leurs enfants visualiser les programmes en toute sérénité. Outre le fait que Netflix facilite la vie des grands et des petits, il a rendu légal et direct l’accès à des fichiers vidéos numériques pour les particuliers. Finie l’époque où vous cherchiez vainement un mauvais lien piraté ou que vous attendiez la suite de votre épisode pour la semaine d’après ! Dans ce monde vraiment parfait, vous restez bien au chaud sous la couette et vous renouez avec le plaisir que vous éprouviez le soir quand on vous racontait de belles histoires.

Reed Hastings

Le créateur de ce monde de rêvalité s’appelle Reed Hastings. Ingénieur de formation, il a eu la brillante idée de créer un site d’abonnement de vidéos à la demande en ligne. N’ayant pas supporté d’avoir à payer une amende de 40 dollars pour avoir rendu en retard un film dans un vidéo club, il a conçu Netflix pour faciliter la vie des cinévores. Déjà enrichi de 75 millions de dollars après avoir vendu son logiciel d’intelligence artificielle, Pure Software (1991), le génial Reed Hastings a placé quelques 2,5 millions dans son service de vidéos en ligne, il y a tout juste 20 ans. A ce jour, la société américaine basée à Los Gatos (Californie) embauche quelques 3500 employés partout dans le monde pour un chiffre d’affaires de 8 830 669 000 $ en 2016. La croissance du cours de son action est de +99.74% sur un an, de quoi donner envie d’investir dans le domaine…

En proposant un film en compétition à l’édition 2017 du Festival de Cannes, Netflix avait fait une entrée fracassante sur la Croisette. Certains ont même rejoué la querelle des Anciens et des Modernes : les défenseurs du 7ème art ont levé leurs boucliers face à l’envahisseur américain. Cette intrusion du cinéma dématérialisé dans le temple du cinéma français a eu pour effet d’amorcer la réflexion sur la légitimité d’un film qui ne serait pas projeté dans les salles de cinéma mais uniquement sur les écrans domestiques. Pedro Almodovar, alors président du jury, s’était fait le porte-parle des Anciens en défendant le « pouvoir d’hypnose » des bons vieux écrans. Contre lui, Will Smith, visiblement déjà « netflixé », avait vanté les mérites de la modernité.

Et pour cause, Netflix mise tout sur la nouveauté. Sa réussite est due à son offre : créer et produire intégralement des œuvres cinématographiques en interne pour ses abonnés. En 2018, l’entreprise prévoit de dépenser 8 milliards de dollars dans la création de ses séries originales. Elle devrait produire plus de films que tous les géants hollywoodiens réunis l’an prochain.  Elle a également mis en place un algorithme de filtrage collaboratif lui permettant d’estimer à l’avance les programmes à succès pour éviter les pertes financières liées à la bouderie du public.

Les producteurs de télévision et de cinéma craignent que la planète Netflix ne leur fasse de l’ombre. Toutefois Amazon a annoncé le lancement de son propre service de vidéo en ligne « Prime vidéo » et compte bien éviter sa propre éclipse. Depuis que l’annonce d’une hausse du coût de l’abonnement mensuel, il est fort à parier qu’Amazon récoltera peut-être quelques anciens Netflixiens.

Lou et l’homme au chapeau de l’agence 33 degrés